Une « remise en état générale » est un cas de figure très fréquemment rencontré avec des instruments anciens, mais aussi avec des instruments modernes.

Il faut savoir qu’en plus du désaccord naturel dû aux variations d’hygrométrie saisonnières, voire journalières, le mécanisme comporte quantité d’éléments en feutre dont le rôle essentiel est d’amortir les bruits de fonctionnement. Ce sont autant de pièces d’usure qui vont perdre leurs caractéristiques initiales à force d’usage. Il va en résulter un éloignement progressif des cotes de réglage d’origine. Cela modifie le rendement mécanique et altère la qualité sonore jusqu’à vider l’instrument de la belle résonance qu’on lui connaissait.

Cela se fait de façon très progressive ; le clavier répond mal, la sonorité s’en trouve modifiée et peut devenir métallique, ou étouffée, ou agressive, fatigante … et au final cette évolution inévitable peut amener l’utilisateur à ne plus apprécier son instrument, allant jusqu’à lui ôter l’envie d’en jouer, sans qu‘il sache le pourquoi d’une telle démotivation.

Rien d’inexorable ni de définitif à cet état des choses auquel il est possible de remédier. Car il y a des opérations à effectuer de loin en loin pour maintenir ou retrouver  les prestations musicales et l’agrément de jeu de votre piano : c’est ce que je nomme remise en état.

Pour illustrer le propos, voici un cas de figure récent qui a fait l’objet d’un devis : une personne récupère un piano, et souhaite savoir si cet instrument sera propre à la pratique musicale pour elle et ses jeunes enfants.

Il s’agit d’un piano français de marque Klein, daté, d’après le numéro de série, de 1915. Il se trouve que c’est un instrument de bonne facture, déjà moderne dans sa conception et en bon état de conservation.

Il est resté sans entretien depuis un bon nombre d’années. De ce fait il est trop désaccordé et déréglé pour être utilisé en l’état. Son diapason moyen est bas de ½ ton par rapport à la norme, ce qui n’est pas bon pour la santé du piano, et risque de plus de fausser l’oreille des enfants.

Le mécanisme fonctionne mais le son n’est pas joli, confus ; il faut taper fort pour obtenir un peu de sonorité ; les garnitures sont globalement en état mais les feutres des marteaux présentent des sillons creusés à l’usage par la frappe sur les cordes. Il manque une corde dans les basses…. tout ceci est un cas de figure fréquemment rencontré,  et va nécessiter cette fameuse remise en état.

Voilà en quoi cela consistera :

–   la remise au diapason normalisé La=440 hertz, par plusieurs accordages successifs après renfoncement des chevilles (pour leur garantir une bonne tenue).

–  un ponçage des marteaux (pourvu qu’il reste suffisamment de feutre) pour gommer les marques sur les cordes, remodeler les têtes pour une meilleure frappe ; cela va inclure un dépoussiérage complet de l’instrument, la lubrification de tous les axes, le resserrage de la visserie, le repositionnement des marteaux face aux cordes …

–  puis le réglage complet de la mécanique pour optimiser le rendement ; cela comprendra la diminution de l’enfoncement des touches qui, dans le cas présent, est trop grand ; il s’agira ensuite de rapprocher les marteaux des cordes (la chasse), le réglage de l‘échappement, des étouffoirs, des pédales…

–    bien sûr remplacer la corde manquante

–   et enfin, l’accordage de finition et l’égalisation du timbre, que l’on nomme aussi harmonisation.

L’ensemble de ce travail nécessitera environ huit heures, réparties sur deux séances, pour un budget très accessible … et l’instrument va pouvoir repartir pour plusieurs années, voire plusieurs décennies, de bons et loyaux services avec juste un entretien annuel courant.

Autre exemple : pour un piano plus récent qui sera moins désaccordé et ne réclamera qu’un seul accord, un ponçage des marteaux (cela bonifie considérablement l’instrument), et un peu de réglage, 4  heures d’intervention pourront suffire.